Déontologie psychanalytique

1. Ecouter le patient

"Laisser-moi parler, j'ai des choses à raconter" (Emmy von N., patiente de Sigmund Freud)

Dans le discours du patient il y a 3 type de discours:

- des récits: le patient raconte sa vie et celle de ses proches

- des dissertations: il y expose ses conceptions de vie sur la vie, la maladie, la mort et toutes les idées qui lui tiennent à coeur.

- des associations: idées involontaires qui se présentent à la conscience du patient alors qu'il est en train de parler d'une thématique personnelle ou qu'il décrit un rêve.

En tant que psychanalyste, j'accepte de me mettre en position de réceptivité et d'apprendre quelque chose sur le patient et sur moi-même.

2. Respect de la règle fondamentale: libre-association

En tant que psychanalyste, j'invite le patient à dire tout ce qu'il pense ou ressent, sans choisir, sans rien privilégier ni omettre de ce qui lui vient à l'esprit. Tout ce qui est pensé et senti doit être dit, sans négliger les émotions "Que cela vous soit agréable ou désagréable ou que cela me soit agréable ou désagréable".

Les associations permettent d'atteindre les productions pathologiques inconscientes du patient; elles sont indispensables à l'analyse.

3. Respect des complexités de la règle fondamentale: les résistances

Mutisme. En tant que psychanalyste, j'entends le silence du patient. Silence qui peut exprimer plusieurs choses: l'agressivité, la sidération (angoisse, crainte des effets de sa parole ou de la parole d'un autre ou besoin de fusion avec moi). 

Associations d'idées importantes. En tant que psychanalyste, je suis attentive lorsque le patient se livre en permanence à l'association d'idées ou qu'il saute du coq à l'âne.

Hyper-contrôle des émotions qui se manifeste par la posture corporelle: manière d'entrer dans le cabinet, manière de s'asseoir, manière de se mouvoir dans l'espace, stéréotypes (même façon de raconter les choses à chaque séance).

Langage logorrhéique: le patient parle sans cesse afin de masquer son embarras. Il peut mentir aussi.

Oublier de venir aux séances.

En tant que psychanalyste, je fais donc attention à tous ces signes: Pourquoi le patient n'a pas envie de parler aujourd'hui? Pourquoi n'est-il pas impliqué dans ce qu'il dit? Pourquoi se défend-il en banalisant tout? Pourquoi semble-t-il si raide? Pourquoi est-il toujours content de ce qu'on lui dit? Pourquoi ne manifeste-t-il aucune émotion?Ces cinq attitudes sont des résistances qui peuvent mettre en échec l'analyse. 

4. Respect de l'interprétation

En tant que psychanalyste, l'interprétation me permet de rendre intelligible le sens latent du discours du patient. Elle me permet de l'aider à faire un changement psychique ou comportemental. Que se cache derrière son attitude, son fantasme? Quelle est sa propre dynamique inconsciente?

Je fais également attention aux rêves puisqu'ils constituent "la voie royale qui mènent à l'inconscient" (cf Freud). Ils permettent également de venir à bout des résistances et d'analyser le transfert. Cependant, je dois faire attention aussi aux situations réelles du quotidien du patient car c'est dans ces situations que se révèle le sens caché des conduites de ce dernier.

L'interprétation c'est la capacité à évaluer la distance entre le conscient et l'inconscient du patient, c'est-à dire à quel moment il est opportun de lui révéler ce qui jusqu'à présent était dissimulés?

L'interprétation demande donc du "tact médical (cf Freud); Freud condamnait l'analyse sauvage.

5. Favoriser le transfert

Le transfert  est le déplacement d'une ancienne relation affective sur l'analyste. Il permet de comprendre les phénomènes relationnels du patient.  Freud parlait de transfert négatif (le patient transfert des sentiments "négatifs": sentiments hostiles: méfiance, agressivité, haine) et transfert "positif" (le patient transfert des sentiments "tendres": la confiance, l'admiration, l'amour).

6. Diriger l'Analyse 

En tant que psychanalyste, j'aide le patient à entreprendre une analyse, c'est un travail qui peut durer plusieurs années. Je l'accompagne car il souhaite recontrôler sa vie, résoudre ses conflits, se débarrasser de ses inhibitions ou de ses complexes, se libérer de ses traits névrotiques ou psychotiques qui l'empêchent d'être heureux et qui altèrent ses relations avec les autres.

Je n'ai pas le droit de ne pas écouter sa demande de guérison mais je dois lui faire comprendre qu'il ne faut pas qu'il s'attendent à une guérison magique. L'analyse demande une grande patience.

Pendant les séances, je ne prends aucune note afin de rester attentive au parole du patient.

7. Promouvoir la guérison

En tant que psychanalyste, je respecte les questions cruciales que Freud se  posait déjà à son époque:

Quand pouvons-nous dire qu'une analyse est terminée?  Peut-on définir les facteurs laissant espérer une fin heureuse de la cure? A l'inverse, peut-on repérer des forces opposées à la guérison et qui risquent de rendre l'analyse interminable? Enfin, l'analyste ne risque-t-il pas de rencontrer chez certains patients des obstacles insurmontables qui pourraient rendre le traitement plus néfaste que bénéfique?

Toutes ces questions lui ont permis d'émettre des règles pour  terminer une analyse.

- Le patient ne doit plus souffrir de ses symptômes ou qu'ils aient suffisamment disparu. En tout cas, il ne faut plus qu'ils empêchent le patient d'avoir une vie quotidienne normale.

- Le patient ne doit plus être dans le refoulement "Le plus pathogène du refoulement est redevenu conscient et la résistance a pu être surmontée" (cf Freud). Cela signifie qu'il faut que le patient ait eu suffisamment de temps pour verbaliser ses résistances, donc selon la personnalité ou la pathologie du patient , cela peut prendre des mois ou des années afin de ne pas retomber quelques mois plus tard dans des nouveaux processus pathologiques.

- Le patient ne doit plus avoir des traumatismes cumulatifs (exemple: son traumatisme qui se répète depuis l'enfance pendant des années, d'un climat, d'une ambiance qui va laisser une empreinte durable).

- Le patient doit être capable de détacher sa libido de ses anciens objets d'amour (s'il en est incapable, cela peut rendre sa cure interminable: exemple deuil pathologique).

- Le patient doit accepter d'analyser sa situation et ne pas rester dans la situation idyllique d'avant son traumatisme. Il doit accepter le changement et ne pas considérer ce dernier comme un péril.

Le Moi, "ne respecte plus la règle fondamentale, le patient traite l'analyste et l'analyse en ennemis, à la manière d'un enfant qui n'aime pas les personnes étrangères et ne leur fait aucun crédit" (cf Freud).

8. Accepter le refus de guérison de certains patients

 

- La fin de l'analyse est compliquée pour certains patients, les patients en "états limites" car ils développent une "réaction thérapeutique négative" (cf Freud). Cette force "s'agrippe entièrement à la maladie et aux souffrances". Freud affirme encore "Tout ce qui doit apporter un soulagement, un progrès ou un changement, amène une aggravation des symptômes du patient."

Chez ces patients, la pulsion de mort l'emporte sur la pulsion de vie. Toutes les tentatives du psychanalyste pour aider ces patients à se libérer resteront vains.

9. Favoriser l'autonomie du patient

La psychanalyse permet l'exploration des actes, des conduites et des relations humaines. Son rôle est de rendre le patient "autre", c'est-à-dire à l'aider à changer et à se transformer pour être plus heureux dans sa vie.